Il existe un type particulier de calme que l’on cherche avant un moment difficile : une conversation difficile, un réveil matinal, une peur que l’on préfère ne pas nommer. Partout en Inde, l’une des plus anciennes façons d’aborder ce moment est de s’asseoir, respirer, et réciter quelques lignes de sanskrit — un pranama, une offrande de respect. Le Sri Narasimha Pranama en fait partie. Dans la tradition vaishnava, il est offert à Narasimha, la forme mi-homme mi-lion de Vishnu, et il est récité comme une invocation au courage et à la stabilité — une manière d’apaiser l’esprit pour affronter la journée sans peur.
Ce qui suit n’est pas un mantra unique mais une séquence de trois versets traditionnels souvent récités ensemble comme le pranama de Narasimha. Nous les partageons ici comme un héritage vivant — la légende, le sanskrit, et la signification de chaque ligne — pour que vous puissiez les lire en comprenant et, si vous le souhaitez, en faire une petite pratique consciente. L’initiative vous appartient ; les versets sont un outil auquel vous revenez.
Qui est Narasimha
L’histoire vient de la tradition Bhagavata. Un roi nommé Hiranyakashipu était devenu si puissant et si cruel qu’il interdit totalement le culte de Vishnu — pourtant son propre jeune fils, Prahlada, restait dévoué. La colère du roi se tourna contre le garçon. Dans la légende, Narasimha apparaît à ce moment : ni homme ni bête, ni à l’intérieur ni à l’extérieur, ni le jour ni la nuit, échappant à toutes les conditions que le tyran avait mises en place pour sa propre protection. Il défend l’enfant et met fin au règne du roi.
Lu comme un héritage plutôt qu’une doctrine, cette figure porte un sens clair : un visage féroce tourné vers la cruauté, et un visage tendre tourné vers le dévot. Cette double nature — férocité et douceur réunies — est ce à quoi les vers ci-dessous reviennent sans cesse.

Verset 1 — le pranama proprement dit
नमस्ते नरसिंहाय
प्रह्लादाह्लाद-दायिने
हिरण्यकशिपोर् वक्षः-
शिला-टङ्क-नखालये
Translittération
namas te narasiṁhāya
prahlādāhlāda-dāyine
hiraṇyakaśipor vakṣaḥ
śilā-ṭaṅka-nakhālaye
Traduction
« Je rends hommage à Narasimha, qui apporte la joie à Prahlada et dont les griffes sont comme des ciseaux sur la poitrine de pierre du démon Hiranyakashipu. »
Ce que les vers expriment
- Narasimha — la forme du divin à moitié homme (nara) et à moitié lion (simha).
- Prahlādāhlāda-dāyine — celui qui apporte le bonheur au dévot Prahlada, symbolisant la protection et la grâce.
- Hiraṇyakaśipor vakṣaḥ-śilā-ṭaṅka-nakhālaye — des griffes comparées à des ciseaux qui tranchent la poitrine dure, semblable à de la pierre, du roi qui s’est dressé contre le dharma, ou la justice.
Ce premier verset est le pranama lui-même : une simple inclinaison. Il nomme le protecteur des fidèles et la destruction de la cruauté dans la même phrase, et il met l’accent sur les griffes — le détail féroce — comme moyen par lequel l’arrogance a été brisée.
Verset 2 — présent dans toutes les directions
इतो नृसिंहः परतो नृसिंहो
यतो यतो यामि ततो नृसिंहः
बहिर्नृसिंहो हृदये नृसिंहो
नृसिंहम् आदिं शरणं प्रपद्ये
Translittération
ito nṛsiṁhaḥ parato nṛsiṁho
yato yato yāmi tato nṛsiṁhaḥ
bahir nṛsiṁho hṛdaye nṛsiṁho
nṛsiṁham ādim śaraṇam prapadye
Traduction
« Narasimha est ici, et Narasimha est là. Où que j’aille, Narasimha est là. Il est dehors, et il est dans mon cœur. Je prends refuge en Narasimha, la source originelle et mon refuge suprême. »
Ce que les vers expriment
- ito nṛsiṁhaḥ parato nṛsiṁho — « ici et là » — dans la tradition, le divin compris comme présent dans toutes les directions.
- yato yato yāmi tato nṛsiṁhaḥ — « où que j’aille, il est là » — le sentiment que la protection est constante, quel que soit le lieu.
- bahir nṛsiṁho hṛdaye nṛsiṁho — « dehors, et dans le cœur » — le divin considéré à la fois comme extérieur et intérieur.
- nṛsiṁham ādim śaraṇam prapadye — « Je prends refuge en Narasimha, la source originelle » — la ligne se conclut par un abandon.
Le verset 2 est un vers de protection très apprécié, souvent récité seul — la ligne unique ito nṛsiṁhaḥ parato nṛsiṁho est connue par cœur de nombreux pratiquants. Dans la tradition, les dévots comprennent Narasimha comme étant toujours présent, à l’intérieur comme à l’extérieur ; le vers exprime cette conviction et se termine par un lâcher-prise.
Verset 3 — extrait du Dashavatara Stotra de Jayadeva
तव कर-कमल-वरे नखम् अद्भुत-शृङ्गम्
दलित-हिरण्यकशिपु-तनु-भृङ्गम्
केशव धृत-नरहरि-रूप जय जगदीश हरे
Translittération
tava kara-kamala-vare nakham adbhuta-śṛṅgam
dalita-hiraṇyakaśipu-tanu-bhṛṅgam
keśava dhṛta-narahari-rūpa jaya jagadīśa hare


